Quand les enfants sont malades ou qu’ils se blessent

téléchargementArticle  initialement écrit pour le blog de Supers Parents. 

Votre enfant a beaucoup de fièvre, il tousse et respire mal … il doit faire des inhalations mais ne se montre pas du tout coopératif.

Elle vient de tomber de vélo, elle arrive vers vous en hurlant en se couvrant une partie du visage, vous n’avez pas vu ce qui c’est passé, vous ne comprenez rien à ce qu’elle dit et ne voyez  pas où elle a mal.

 

Que faire dans ces situations où en plus de souffrir émotionnellement nos enfants souffrent dans leur chair ? Comment intervenir au plus juste pour faciliter les soins, tant dans son vécu par l’enfant que dans la coopération que cela peut nécessiter.

Notre comportement d’adulte peut-être un véritable facilitateur pour l’enfant : c’est  dans la compréhension de ce qu’il vit physiquement et émotionnellement qu’il pourra puiser dans ses propres ressources pour surmonter cet évènement.

Mon premier instinct de parent : soulager mon enfant

Nos réflexes sont souvent de dire «  c’est rien », « ce n’est pas grave » « Chut… ça va aller » et l’enfant de se dire, peut-être, « ils ne se rendent pas compte » «  je ne devrais pas avoir aussi mal, je suis douillet », donc de créer davantage de confusion.

D’abord et avant tout, accueillir ce que vit l’enfant est un incontournable. Si on veut pouvoir le soulager, décrire ce que l’on pense qu’il vit est un point de départ  dont le bénéfice secondaire sera de nous aider  à prendre un peu de distance…( car nous sommes aussi parfois très bouleversés !)

«  Oh, tu es tombée de ton vélo sur le goudron, tu sembles blessée sur le côté de ton visage, c’est douloureux, ça peut faire comme une brûlure et ça fait peur en plus de tomber.. » tout en étant accueillant physiquement pour elle.

L’accueil des émotions et des sensations

Nous ferons en sorte de nommer ce que peut ressentir l’enfant tant émotionnellement que dans son corps. Nous lui disons ainsi de façon implicite «  C’est dur ce que tu vis là, je l’ai bien compris, je suis là ».

Nous lui permettons de mettre des mots sur des sensations qu’il découvre, ne comprend pas forcément et peuvent l’inquiéter en plus de le faire souffrir.

«  C’est difficile d’avoir du mal à respirer, ça peut même faire très peur quand on ne retrouve plus son souffle »

Ce n’est qu’en accueillant les émotions et les sensations que nous y verrons aussi plus clair. L’émotion forte pouvant majorer la perception de la douleur, nous laisserons se libérer l’énergie de l’émotion par notre accueil, autant que la situation plus ou moins urgente le permet, pour mieux constater l’importance du problème.

Si nous sommes dans l’urgence et que notre enfant souffre beaucoup, nous pouvons juste par quelques mots montrer notre empathie «  Oui, c’est très douloureux de se casser le bras, tu souffres. Nous allons trouver un médecin pour te soulager très vite » ou juste «  Oui ça fait mal, très mal ».

L’écoute et la reformulation sont donc, encore une fois,  un élément essentiel pour ensuite s’occuper du corps, être dans le soin. De plus, cela facilitera grandement la coopération de votre enfant.

Etre honnête

Notre tendance à minimiser, pour rassurer l’enfant (et nous rassurer nous-mêmes), nous fait parfois douter : «  Dois-je lui dire que ce soin peut être douloureux ? » «  Dois-je lui avouer que ces inhalations qu’il déteste vont durer encore 8 jours 2 fois par jour »

Je prône pour m’a part l’honnêteté. Pour deux raisons :

  •  Je suis convaincue que l’enfant qui sait à quoi s’attendre se prépare mieux et est plus à même d’utiliser ses ressources internes que lorsqu’il est pris «  par surprise »
  • Pour préserver la qualité de la relation et la confiance que l’enfant nous porte

«  Ces inhalations t’embêtent vraiment. Tu es démoralisé de devoir encore en faire 16… »

Nous avons tellement peur de les enfoncer en faisant cela ! Et c’est pourtant tout le contraire qui se produit.

Lorsque j’accompagne des soins à l’hôpital, je surprends parfois des yeux ronds lorsque je dis à un enfant (quand ça se passe très mal et qu’il ne parvient pas à être coopératif)

«  Tu en as marre hein ? Tu voudrais être ailleurs j’imagine. Qu’on arrête d’embêter ton dos avec ces piqûres qui peuvent faire mal. C’est difficile de subir tout ces soins, ça met en colère, en rage même, tu voudrais tout casser »

Pourtant le regard de l’enfant, lui, est souvent rivé au mien, et sa main dans la mienne, sa pression m’indique comme c’est important d’être reconnu dans ce que l’on vit….

L’évaluation et la prise en charge de la douleur

Tout petit c’est difficile de dire où, comment et combien ça fait mal. Mais on peut les sensibiliser au quotidien en leur demandant :

« Tu as mal petit, moyen, gros, énorme ? » que l’on mimera simultanément avec l’espacement de nos deux mains de plus en plus éloignées.

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Les professionnels utilisent des échelles de douleur adaptées à l’âge des enfants et parfois aux pathologies. Sensibiliser nos enfants à mieux évaluer ce qu’ils ressentent en eux est un atout. Et concernant la santé, une excellente façon de mieux prendre en charge la douleur.

 

N’oubliez pas que plus votre enfant sera bouleversé, plus il aura du mal à analyser ce qu’il vit. L’évaluation de la douleur est sûrement plus quelque chose à faire dans la vie quotidienne d’abord : les enfants ont de nombreuses occasions de pouvoir évaluer leur douleur !

La distraction, l’imaginaire, le ludique : des outils pour se dissocier pendant les soins

Vous l’aurez compris, d’abord et avant tout, accueillir ce que vit l’enfant dans son cœur, sa tête et son corps.

Si votre enfant appréhende les soins, a peur du médecin, ou de se faire toucher là où il a mal, de nombreuses techniques ludiques existent, nous y reviendrons plus en détails dans l’article à venir : des outils pour accompagner les soins.

Vous ne m’avez pas attendue pour faire des techniques de distraction à vos enfants : tous les parents ont déjà chanté, fait les pitres, des bruits bizarres, des grimaces, des marionnettes ou parlé à leur enfant pour pouvoir les soigner !

Voici d’autres pistes pour être encore mieux outillés.

Une fois l’enfant prévenu honnêtement de ce qui l’attend, nous pourrons lui proposer :

«  Est-ce que tu veux que je t’aide à penser à autre chose pendant le soin, ou tu préfères regarder et que je t’explique ? »

Et oui, tous les enfants n’aiment pas qu’on les emmène « ailleurs » pendant qu’on s’occupe de leur corps, il y a « les petits scientifiques » qui aiment savoir et comprendre, les enfants plus anxieux qui ont besoin de surveiller ce qui se passe, d’autres encore tout à fait à l’aise et curieux avec les plaies, le sang…

Et il y a les autres, de nombreux autres enfants qui adoreront que vous les emmeniez loin de ce qui est en train de se passer à ce moment là.

Pour ceux-ci nous leur demanderons une importante précision :

« Est-ce que tu veux que je te prévienne si quand ça risque de  faire mal, ou tu préfères qu’on reste dans notre imaginaire-/sur ton jeu/autre? »

Dans notre valise magique de parents –soigneurs nous pourrions ajouter :

  • Un appareil à bulles de savon
  • Un jeu sur le Smartphone/ tablette, un lecteur dvd portable, une télévision
  •  Raconter un super bon souvenir de vacances
  •  Imaginer un endroit imaginaire un peu délirant : avec des rivières de grenadine et des arbres aux fruits-bonbons
  • Aller mentalement à Eurodisney, nager avec les dauphins, faire du tapis volant, sur la lune,  décorer le sapin de Noël ou faire sa liste au père Noël, organiser la fête d’anniversaire de ses rêves…
  • Toutes ces petites astuces vont aider l’enfant à être ici (où se déroule le soin) et ailleurs ( dans son imaginaire), pour lui permettre de moins focaliser sur le geste en cours : on appelle cela « se dissocier » en hypnose. Cet état rend le geste  moins obnubilant, et de fait, il est souvent perçu par l’enfant comme moins douloureux et moins anxiogène, il en garde un meilleur souvenir.

Refaire le film

J’ai remarqué que ma fille de 2 ans ½ adore que je lui «  refasse le film » quand elle s’est blessée, qu’elle a été malade. Je lui raconte avec des mots simples, descriptifs, ce par quoi elle est passée. Je refais le déroulement- in situ- de la cascade sur le bain de soleil qui s’est replié sur elle, je lui reparle de cette bassine dont on s’est servit pour sa gastro. Plus je lui décris, plus elle semble s’approprier les évènements, leur donner un sens. Je décris ses comportements aussi, ce qui a été difficile pour elle, ce qu’elle a géré, et je vois toutes les émotions passer sur son visage. J’ai toujours la sensation que ça l’aide à digérer cet évènement et que les petits apprécient toujours que l’on « parle » les évènements de leur vie, quels qu’ils soient…

Et vous, vous avez des trucs pour aider vos enfants quand ils sont malades ou blessés ?

 

Retrouvez cet article ainsi que de nombreux autres sur le site de Supers Parentslogo supers parents

Prochains thèmes :

–      Des outils en plus pour accompagner les soins  Prise de médicament, soin de plaie, vaccin/ piqûre, des idées à mettre en place

–      Les aider à gérer la douleur Des outils concrets et astuces pour aider nos enfants quand ils ont mal

–      Favoriser la coopération dans la maladie chronique Maladies graves et/ou chroniques qui nécessitent la coopération des enfants sur le long terme

 

Un super site plein de ressources : http://www.sparadrap.org/Enfants

3 réflexions sur “Quand les enfants sont malades ou qu’ils se blessent

  1. Merci énormément pour votre article !! L’accueil du ressenti est exactement quelque chose qui me paraît évident mais auquel je me heurte pourtant trop souvent, même en dehors du domaine médical. Par exemple, quand on a besoin de dire à quelqu’un qu’on s’est senti blessé par un comportement qu’il a eu. Comment lui faire comprendre que le sujet peut être très important pour nous et que l’intention qu’il avait dans son comportement peut être complètement différente de la façon dont on l’a vécu ??

    • Bonjour et merci pour votre commentaire. Pour répondre à votre question, il existe des façons respectueuses de s’exprimer et qui seront plus efficaces pour être entendu. Cependant ce n’est pas pour cela que la personne en face va « bien le prendre »… J’apprécie pour ma part le message-je de Thomas Gordon qui invite à parler en son nom propre plutôt que sur l’autre. Par exemple préférer à un  » tu me fais de la peine » un  » Lorsque ( tu fais ça…en décrivant sans juger le comportement), je me sens..(triste, mal, gêné etc..)…., parce que…(conséquences et effets tangibles). c’est plus long, cela demande plus de réflexions car il faut clarifier ce qu’il se passe en nous. Mais il est plus facile de coopérer quand on ne se sent pas attaqué directement. Au plaisir !

  2. Merci pour votre réponse.
    J’ai pourtant essayé justement de parler « je » et non « tu », en m’inspirant de la Communication Non Violente de Marshall Rosenberg et d’autres techniques, mais je n’ai pas encore réussi à vraiment me faire entendre pour le cas précis qui me préoccupe. Mais je vais continuer dans cette voie !
    Ca me rassure en tout cas de savoir qu’il existe d’autres personnes qui considèrent cet aspect important, et désolée pour la dérive du sujet 🙂

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