C’est juste une petite piqûre…

j'aime pas les piqûres Comment rester bienveillants lorsque les enfants sont malades ?

Lors de maladies courantes, « ordinaires », et cependant désagréables à vivre, ou lors d’un geste douloureux ou effrayant, comme une prise de sang, un vaccin, des points de suture…

Et plus difficile encore, au moment d’une urgence ou lorsqu’une maladie grave vient bouleverser toute une famille ?

Comment parents, soignants pourraient faire (ou plutôt être et dire) pour que les enfants se sentent respectés, plus en confiance et à même de puiser dans leurs ressources pour gérer la situation ?

1er thème de cette série : Accompagner un enfant pour un geste médical (vaccin, piqûre ou tout autre geste effrayant, douloureux ou vécu comme tel !)

 

 


Depuis 11 ans, j’ai la chance d’intervenir dans un service de cancérologie pédiatrique portant une grande attention  à la prise en charge de la douleur chez les jeunes patients. Les techniques non médicamenteuses – sophrologie, hypnoanalgésie, réflexologie plantaire, toucher massage- viennent complémenter les traitements médicaux.

Je vous propose de partager avec vous, tant des trucs et astuces qui rendent la vie plus simple quand les enfants sont malades, que des habiletés pour les soutenir dans ces moments difficiles. L’ajout des habiletés de communication bienveillante à ma palette de sophrologue a été d’une grande aide pour moi…. et pour eux !

N’hésitez pas dans vos commentaires à me faire part de vos astuces et réflexions sur le sujet .

Avant

Un point promordial : Etre honnête

Alors que bien intentionnés, nous sommes parfois  maladroits dans notre façon d’anticiper et d’accueillir les souffrances de nos enfants, nous avons tendance à minimiser dans le but de dédramatiser :

« Ne t’inquiète pas ça ne fait pas mal »

« C’est rien, ça va aller »

Lorsque l’on ment à un enfant sur ce qui l’attend, d’une part il peut perdre confiance en l’adulte, mais aussi, dans le cas d’ un geste médical, il risque de souffrir davantage que s’il est prévenu. S’ajoutent à la sensation physique désagréable qu’il ne s’attendait pas à ressentir , des émotions elles aussi désagréables; la tristesse de la déception, la colère de l’injustice….

Pour notre billet du jour, partons du principe que nous savons que l’enfant va avoir un soin, nous pouvons donc l’informer sur ce qui l’attend, sans trop anticiper, en le laissant questionner s’il est en âge de le faire. N’hésitons pas à expliquer, même au tout petit bébé ce qui va se passer ( nous reviendrons plus en détail sur le sujet des tout petits dans un autre billet)

Finalement, c’est souvent par « peur d’enfoncer le clou » que nous n’osons pas dire :

« Oui , un vaccin ça peut être assez désagréable, même un peu douloureux »

Une habileté essentielle: l’accueil des émotions sans jugement

Quand un enfant a peur ou  mal, lui dire « Mais non, c’est juste une petite piqûre », sous entendu «  une piqûre de rien du tout » minimise les faits pour l’adulte et en aucun cas pour l’enfant qui,  au choix , se sent  nul et peureux ou en colère contre ces grands qui ne se rendent pas compte.

Les mots que nous choisissons ont souvent pour but de mettre du papier cadeau autour d’une situation problématique:  » la belle cicatrice »  » la petite piqûre » « le petit médicament », comme si être petit ou joli rendait la chose plus minime et donc acceptable.

Lorsque nous accueillons les émotions de l’enfant, nous lui permettons de s’en alléger, s’en décharger pour utiliser cette énergie dans son but initial, celui de mieux gérer la situation.

 Chacun son corps donc chacun ses sensations

Les émotions, le contexte, les expériences douloureuses passées, les exemples ou récits de l’entourage, tout cela impacte sur nos perceptions sensorielles, qui sont et ne seront toujours qu’individuelles, intimes, personnelles… nous sommes par conséquent très inégaux face à la perception douloureuse.

Et quand ça ne fait pas mal, ça peut quand même faire peur. Décrire le déroulement connu ou supposé peut rendre la situation  moins « potentiellement dangereuse », et du coup être envisagée sous un angle différent.

Proposer des choix : une question primordiale

« Et toi, pour te sentir mieux, tu aimerais que ça se passe comment ? Tu préfères que l’infirmière te prévienne quand elle va faire la piqûre ou tu veux qu’on continue à discuter tous les deux et elle fait ce qu’elle a à faire? »

Si on le prend en défaut, l’enfant sera, à juste titre,  en colère !

L’enfant subit ce soin qu’il n’a pas choisi, lui laisser un peu de latitude, de maîtrise sur la situation lui donnera plus d’assurance. De plus, nous aurons plus d’informations pour savoir comment mieux l’accompagner. Autre avantage important, nous pourrons prévenir le soignant :

 » Marie tient à être prévenue au moment de la piqûre »

« Paul ne veut rien savoir, nous allons donc discuter ensemble pendant que vous faites le soin, pour penser à autre chose »

 Pendant

Pendant un soin, différentes postures s’offrent à nous en tant que parent.

Certains adultes ne supportent pas les hôpitaux, les soins, le sang, les aiguilles. Pour ces parents là, c’est une torture que d’assister à un geste. Les soignants peuvent être là pour être attentifs à l’enfant si le parent ne souhaite pas être présent.

Si nous souhaitons accompagner notre enfant de façon respectueuse ,les options dépendent de l’envie de l’enfant

Il souhaite être prévenu au moment douloureux

Il y a des « petits scientifiques » qui aiment savoir, comprendre, maîtriser aussi sûrement. A ces enfants, nous pourrons tout commenter, questionner l’infirmière ou le médecin, donner du sens,  et pourquoi pas lui proposer aussi un « truc » aidant

 » A 3 , on y va et tu souffles, 1, 2, 3 … « expiration tonique que l’on fait ensemble

Il y a aussi ces enfants qui ne souhaitent pas tout savoir, mais quand même être informés de l’instant T; pour ceux-ci, nous pourrons discuter de quelque chose qui leur plait particulièrement, leur sport favori, leur animal, leur envie de cadeaux de Noël, les dernières vacances, sans oublier de jeter un œil sur le déroulement du soin pour informer l’enfant au bon moment.

Il ne souhaite rien savoir de ce qui se passe : la distraction

Invitons le à s’évader dans son imaginaire ou revivre des souvenirs agréables

 » Si tu veux, tu peux fermer tes yeux et imaginer que l’on a un tapis volant… on monte tous les deux dessus. De quel couleur est-il? Partons en balade ! Si on allait voir notre maison d’en haut ? on va vite ou doucement? ok … allons-y.  Les gens sont tout petits. On peut aller voir les nids des oiseaux…. (..) »

Cela peut aussi nous aider en tant que parents à nous détendre en nous laissant aller à notre imaginaire. Car pour que cela fonctionne au mieux, il faut que nous y soyons vraiment !

Nous pouvons même continuer notre histoire en jetant un oeil au déroulé du soin pour inclure la sensation dans l’histoire :

 » Wahou, et on frôle les arbres qui nous touchent les bras, le dos » n’hésitant pas à effleurer nous-mêmes une autre partie de son corps 

Il est terrorisé et ne peut se concentrer sur rien d’autre :

L’écoute active des émotions est ici une excellente option, avec leur reformulation

 » Tu es vraiment terrorisé, c’est quelque chose que tu n’aimes pas du tout devoir être ici et faire cette piqûre. Tu doit être furieux de te sentir obligé. »

On peut ajouter à cela une approche que j’aime beaucoup

 » Prends ma main, tu peux la serrer aussi fort que tu as peur, aussi fort que tu as mal »

Dans ce dernier cas de figure, le moment du geste pourra rester  impressionnant pour le parent, si son enfant hurle, semble souffrir. Malgré les cris, l’enfant se sera senti bien plus écouté et reconnu dans ce qu’il a vécu.

Personnellement, je permets aux enfants de crier, voire même de crier de plus en plus fort…. et souvent ça se calme. Ou pas, mais au moins ça sort! mais c’est plus compliqué peut être chez son généraliste ou dans le laboratoire d’analyse du coin.

Après

Nous usons souvent à ce moment là ( soulagés que tout soit derrière nous) de superlatifs visant à féliciter notre enfant de son courage. Rappelons-nous que les compliments descriptifs restent une excellente façon de permettre à nos enfants de se féliciter eux-mêmes et leur indiquer les conduites qu’ils peuvent soutenir

 » Au moment même ou l’infirmière a piqué tu n’as pas bougé d’un cm »

 » Alors que tu étais très effrayée, et que tu avais envie de gigoter, tu gardais ton bras bien immobile et l’infirmière a pu faire la prise de sang du premier coup »

Et si ça c’est si mal passé qu’aucun compliment ne vous semble de mise  : Description, accueil des émotions, et suggestions

 » Tu as pleuré très fort pour sortir toute la peur, c’était difficile pour toi. Tu dois être soulagé que ce soit terminé. » et plus tard, pourquoi ne pas en reparler en envisageant des ressources -quelles qu’elles soient- pour une prochaine fois.

Trucs et astuces

  • En hypnoanalgésie, nous accompagnons les enfants lors des soins par des techniques de distraction. D’ailleurs, de plus en plus de services pédiatriques ont dans leurs salles de soins des écrans télé sur bras que l’on peut mettre face à l’enfant pendant le geste. Nous savons combien les écrans sont hypnotiques… De nos jours nous sommes équipés en permanence : une tablette, un smartphone peuvent suffisamment subjuguer un enfant pour qu’il ne sente absolument pas de douleur.
  • Pendant un geste, nous pouvons ,avec notre doigt ,faire des dessins  sur le dos de la main disponible de l’enfant en lui faisant deviner des formes, des chiffres, des mots…
  • Astuce EMLA* : pour certains enfants, décoller le patch fait plus mal que la piqûre ! Si une prise de sang est prévue sur le pli du coude, de la pommade en couche épaisse et le film alimentaire de la cuisine pour fermer tout ça !
Autres thèmes prévus : Les urgences – La douleur chronique- La douleur aigüe – La maladie grave- L’autonomie dans la maladie chronique – les bébés et tout petits
*EMLA : pommade anesthésiante en tube ou sous forme de patch à positionner au moins 1 heure avant la piqûre pour son plein effet.

2 réflexions sur “C’est juste une petite piqûre…

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